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Quand les enfants sont témoins des violences conjugales : quels impacts pour eux ?

Le 08 octobre 2018
Quand les enfants sont témoins des violences conjugales : quels impacts pour eux ?
Quel que soit son âge, l'enfant témoin de violences conjugales est fortement impacté, dans tous les aspects de sa vie.

Le site « service-public.gouv » désigne comme premier des devoirs des parents envers leurs enfants celui de les protéger. Mais lorsque les violences conjugales rythment le quotidien familial, nous entendons régulièrement dans nos institutions sociales, médico-sociale et judiciaires : « c’est un mauvais mari, mais nous n’avons rien à reprocher au père »- « il faut maintenir le lien » - « il ne tape pas ses enfants ».

Or loin de les protéger, les violences exercées par un parent sur l’autre imprègnent l’enfant même si ce dernier est « seulement » témoin. Maurice BERGER, pédopsychiatre, a constaté que les enfants reçus les plus violents étaient ceux exposés au spectacle de scènes de violences conjugales. Il a par ailleurs mis en lumière la très grande vulnérabilité des enfants lors de la phase dite préverbale (jusqu’à l’âge de deux ans) : « l’enfant est particulièrement vulnérable face à ces scènes, car il n’a pas encore la capacité de mettre des mots sur ce qu’il ressent et il engrange à l’état brut dans son cerveau les sons, images, regards, gestes perçus dans ces circonstances » (préface p :5 de l’ouvrage collectif sous la Direction de Karen SADLIER Violences conjugales : un défi pour la parentalité- DUNOD 2015, ISBN 978-2-10-070986-1 163 p).

Ces scènes de violences impactent même ces enfants témoins dans leur croissance ; l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a fait le lien entre violences conjugales et problèmes de croissance de l’enfant, en prenant en compte les résultats de 42 enquêtes démographiques et sanitaires (Bulletin volume 94 n°5, mai 2016, 309). Les enfants vont en outre mal grandir, en intégrant un schéma erroné de pensée, c’est-à-dire celui d’une violence acceptée comme une réponse « normale » pour résoudre un conflit dans une relation homme-femme.

Les violences dans le couple transgressent donc l’autorité parentale, et obligent de ce fait les professionnels du droit à s’interroger sur la nécessité de maintenir l’autorité parentale ou la retirer, en cas de condamnation pour des violences pénalement répréhensibles commis par le père ou la mère sur la personne de son enfant ou de l’autre parent. La loi n°2014-873 du 04/08/2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a ainsi créé deux nouveaux articles dans le code pénal (articles 221-5-5  et 222-48-2 du Code pénal).

Nous, les avocats et les juges, avons donc une mission délicate, celle de mettre le curseur sur l’exercice des attributs de l’autorité parentale avec une question fondamentale à nous poser : les parents auteurs de violence domestique peuvent-ils suffisamment intégrer la loi, condition essentielle pour exercer les attributs de l’autorité parentale ?  En fonction de la réponse, nous serons amenés à privilégier la sécurité pour soutenir la fonction parentale, en construisant une jurisprudence innovante de parentalité aménagée, « la parentalité parallèle » (JAFFE ET CROOKS, 2005)

* Article publié dans la revue Grain de Sel, octobre 2018, destinée aux adolescents